France

Paris veut interdire l’accès des moins de 15 ans aux réseaux sociaux

Les députés français ont adopté, tard dans la nuit de lundi 26 à mardi 27 janvier, une proposition de loi interdisant aux moins de 15 ans l’accès aux réseaux sociaux.

Kind mit Smartphone vor Frankreich-Flagge, Symbol für Verbot sozialer Netzwerke unter 15 Jahren in Frankreich

Frankreich hat ein Nutzungsverbot sozialer Netzwerke für Kinder und Jugendliche unter 15 Jahren gestimmt Symbolbild: Elisa Schu/dpa

Ce texte, qui avait reçu le soutien du gouvernement, a pour objectif de „protéger la santé mentale des adolescents“, nombre d‘entre eux, semble-t-il, usant et abusant en effet de ces réseaux, parfois avec des conséquences dramatiques.

Pour devenir effective, cette disposition, adoptée au Palais-Bourbon par 130 voix contre 21 (l‘heure tardive du scrutin expliquant en partie la faible participation électorale des élus …) devra encore être examinée par le Sénat. Mais selon une procédure accélérée, car le président Macron souhaiterait voir la nouvelle loi entrer en vigueur dès la prochaine rentrée scolaire. Il a notamment déclaré hier sur X qu‘il s‘agissait là „d‘une étape majeure, car le cerveau de nos enfants n‘est pas à vendre; ni aux plateformes américaines, ni aux réseaux chinois“. Et il veut en faire, comme pour d‘autres réformes sociétales (notamment sur la fin de vie) une des avancées de son second quinquennat.

L‘ex-premier ministre et président du groupe des députés Renaissance Gabriel Attal s‘est félicité, de son côté, que la France, second pays au monde après l‘Australie à adopter une telle législation aussi restrictive en ce domaine, „ouvre le chemin“, notamment en Europe. Etant entendu que sont évidemment exclues de l‘interdiction les plates-formes éducatives et les messageries privées inter-personnelles comme WhatsApp. Mais durant les débats, le député LFI Arnaud Saint-Martin a dénoncé un „paternalisme numérique“ dans cette interdiction aux moins de 15 ans, son collègue écologiste Steevy Gustave y voyant, quant à lui, le recours à „une solution simpliste“.

Simpliste? Peut-être moins qu‘il n‘y paraît, pourtant. Car la mise en œuvre concrète de ce projet risque de se heurter à de sérieux problèmes pratiques. Un surtout: comment les plates-formes pourront-elles sérieusement vérifier l‘âge de celles et ceux qui se branchent sur leurs écrans? Des expériences déjà menées à titre plus ou moins expérimental, et tout simplement de témoignages ironiques et volontaires des jeunes intéressés, ont montré qu‘il ne leur était guère difficile de contourner l‘interdiction liée à leur âge.

Pas si simple …

Par exemple, s‘il s‘agit de produire une pièce d‘identité, rien de plus facile que de s‘en faire prêter une par un ou une aînée. Et s‘il s‘agit de déjouer la reconnaissance faciale, dont sont en particulier friands les Chinois, une fausse moustache ou un peu de maquillage fait facilement l‘affaire … Le risque étant donc d‘ajouter en réalité une dimension ludique de plus à ces consultations en principe prohibées désormais pour les moins de 15 ans.

Reste l‘interdiction, en principe plus facile à contrôler, de la possession d‘un téléphone portable à l‘école. Il existe déjà des établissements qui se sont dotés de casiers nominatifs où chacun dépose ses affaires personnelles, et notamment son i-phone. Mais encore faut-il qu‘ensuite un portail électronique, du type de ceux que l‘on trouve dans les aéroports, permette de vérifier qu‘aucun autre ne se trouve caché dans une poche, une capuche ou un cartable. Ce qui ralentira évidemment l‘entrée en classe, créera une atmosphère désagréable, et stimulera peut-être aussi l‘imagination des fraudeurs.

Il est vrai que M. Attal, outre les dangers qu‘il pointe pour l‘équilibre des adolescents, la qualité – et la quantité – de leur sommeil, ou les risques de harcèlement entre élèves que l‘abus des réseaux sociaux peut favoriser, souligne aussi qu‘il y va d‘un enjeu d‘indépendance vis-à-vis des réseaux qui „cherchent à coloniser“ les esprits. Qu‘il s‘agisse d‘„influenceurs“ professionnels, dont l‘influence, assurent les experts, est devenue confondante alors même que leur vénalité est évidente, ou de propagandistes plus redoutables, sur le plan politique ou religieux.

Beaucoup de bonnes raisons pour réagir, donc; mais pas si simple encore de le faire efficacement.

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