Premier roman D’Amélie Vrla

„Enfanter une étoile qui danse“ parle d’une grossesse sous tension

Avec „Enfanter une étoile qui danse“ (Hydre Editions, 2025) – son premier roman, Amélie Vrla signe un texte intime et exigeant qui interroge la maternité à partir du doute, du chaos intérieur et de l‘écriture comme espace de survie et de transformation. Structuré comme un journal quasi chronologique, le récit déconstruit les récits normatifs de la grossesse pour en faire une expérience existentielle.

Buchcover von „Enfanter une étoile qui danse“, Debütroman der Autorin Amélie Vrla, literarisches Werk und Romanerscheinung

„Enfanter une étoile qui danse“ est son premier roman: l‘autrice Amélie Vrla Photo: Jetmir Idrizi

„Enfanter une étoile qui danse“ marque l’entrée en fiction d’Amélie Vrla, autrice, scénariste, traductrice et freelance pour le Tageblatt. Le roman adopte une forme singulière: divisé en six parties, il progresse de manière globalement chronologique, suivant les étapes de la grossesse tout en s’en détachant par la réflexion. Cette organisation confère au texte une dimension diaristique affirmée, proche du journal intime, mais débarrassée de toute complaisance autobiographique.

Un laboratoire intérieur

Chaque partie fonctionne comme une strate de pensée, un arrêt sur image intérieur. L’écriture se fait prise de notes existentielles, consignation du trouble, tentative de fixer l’instable. A la manière d’un carnet de bord, le récit juxtapose observations du corps, pensées contradictoires et projections mentales. Ce choix formel n’est pas anodin: il traduit la fragmentation de l’expérience vécue, l’impossibilité de penser la grossesse comme un récit linéaire et harmonieux.

La grossesse n’est ni rejetée ni célébrée: elle est interrogée comme une crise identitaire profonde. Peur de perdre sa liberté, crainte d’un renoncement irréversible, interrogation sur le désir réel d’enfant: ces pensées traversent le journal sans hiérarchie ni résolution immédiate

Mélodie, la narratrice, 37 ans, vit une grossesse inattendue qui agit comme un choc ontologique. Devenir mère équivaut à „changer de planète“ – métaphore spatiale qui revient comme un leitmotiv. La grossesse est moins un événement biologique qu’un déplacement de l’être, une sortie brutale de l’orbite personnelle construite jusque-là. Le journal devient alors un outil de résistance: écrire pour ne pas se dissoudre, écrire pour maintenir une continuité du „je“ face à ce qui menace de le transformer radicalement. Ce dispositif diaristique permet surtout à Vrla d’éviter toute narration surplombante. Le texte ne reconstruit pas a posteriori un sens apaisé, mais restitue la pensée en train de se faire, avec ses hésitations, ses retours en arrière, ses contradictions. Le lecteur est ainsi placé au plus près de l’expérience intérieure, sans médiation ni jugement.

Du chaos intime à l’étoile

L’un des enjeux majeurs du roman réside dans son traitement de l’ambivalence maternelle. Mélodie ne sait pas. Et ce non-savoir devient le cœur battant du livre. La grossesse n’est ni rejetée ni célébrée: elle est interrogée comme une crise identitaire profonde. Peur de perdre sa liberté, crainte d’un renoncement irréversible, interrogation sur le désir réel d’enfant: ces pensées traversent le journal sans hiérarchie ni résolution immédiate.

C’est ici que le titre, „Enfanter une étoile qui danse“, prend toute sa portée symbolique, notamment à la lumière de la citation de Nietzsche placée en exergue: „Il faut encore porter du chaos en soi pour pouvoir enfanter une étoile qui danse“. Chez Nietzsche, le chaos est la condition de la création, non son échec. Vrla s’inscrit pleinement dans cette filiation: le chaos intérieur de Mélodie – ses peurs, ses résistances, ses contradictions – n’est pas un obstacle à l’enfantement, mais sa matière première.

Cette citation inaugurale n’est d’ailleurs pas seulement un cadre théorique: elle est reprise, déplacée et profondément intériorisée dans les dernières lignes de l’œuvre, où la narratrice écrit: „Il m’a fallu porter tout ce chaos en moi / Pour pouvoir enfanter mon étoile qui danse“. Ce glissement du général au singulier, du philosophique à l’intime, marque un point décisif du récit. La pensée de Nietzsche cesse d’être une autorité extérieure pour devenir une vérité vécue, incorporée à l’expérience même de la narratrice.

L’„étoile“ n’est pas seulement l’enfant à venir. Elle est aussi la figure d’un sujet en devenir, transformé par l’épreuve qu’il traverse. Le verbe „danser“ est essentiel: il suggère le mouvement, l’instabilité, le refus de toute fixité identitaire. Devenir mère n’est pas atteindre un état stable, mais entrer dans une dynamique incertaine, vivante, parfois vertigineuse.

L’écriture elle-même épouse cette tension. La langue de Vrla oscille entre précision clinique et poésie cosmique, traduisant la cohabitation du corps et de l’abstraction, du quotidien et de l’infini. Le journal devient alors un espace de métamorphose: ce n’est pas seulement un récit de grossesse, mais un texte sur ce que signifie créer – un enfant, une identité, une pensée – à partir du désordre.

Habiter le chaos pour laisser advenir

Avec „Enfanter une étoile qui danse“, Amélie Vrla signe un roman profondément contemporain, à la fois intime et philosophique, qui rompt avec les représentations lissées de la maternité. En choisissant une forme diaristique, fragmentée et quasi chronologique, elle restitue la grossesse comme une expérience vécue de l’intérieur, faite de doutes, de résistances et de contradictions irréductibles. Loin de proposer un récit d’accomplissement ou une réponse définitive, le texte fait de l’incertitude une matière littéraire à part entière.

Amélie Vrla präsentiert ein einfühlsames, modernes Schwangerschaftserlebnis in ihrem einzigartigen Erzählstil.

Amélie Vrla ne présente pas un simple récit de grossesse Photo: Jetmir Idrizi

La maternité n’y est ni une évidence ni un destin, mais une transformation dialectique, où le sujet se recompose au contact du chaos qu’il traverse. La reprise finale de la citation de Nietzsche, passée du „il faut“ impersonnel au „il m’a fallu“ intime, scelle ce déplacement: ce qui était pensée devient expérience, ce qui était chaos devient condition de création. „Enfanter une étoile qui danse“ ne raconte donc pas seulement une grossesse; il interroge la manière dont nous devenons, dont nous consentons – ou résistons – au changement. Un roman où le doute n’est jamais un manque, mais la condition même d’une étoile en mouvement.

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