„Jeune et fauchée“

„Personne n’a envie de dire qu’il est pauvre“: Florence Dupré la Tour revient sur son parcours personnel

Florence Dupré la Tour fait du tabou sa matière préférée: sexualité, cruauté, gémellité sont ses inspirations. Cette fois, l’argent est au centre de son nouvel album BD. Rencontre avec l‘auteure.

Porträt von Florence Dupré la Tour, Autorin, die lange in Armut lebte, symbolisch für soziale Ungleichheit und Lebensgeschichte

Florence Dupré la Tour s’intéresse aux tabous et aux non-dits personnels et sociaux Photo: Rita Scaglia/Dargaud

Tageblatt: Le sujet de l’argent vous habite depuis quand? Pourquoi le racontez-vous maintenant?

Florence Dupré la Tour: A l’âge de 35 ans, je savais que j’allais raconter mes souvenirs d’enfance de 0 à 18 ans. Je les ai écrits dans trois albums de trois thématiques différentes. Dans „Jeune et fauchée“, j’aborde l’âge adulte. Chronologiquement, je devais d’abord raconter l’enfance avant la période adulte mais je savais que l’argent était un tabou. En France, notamment, on ne parle jamais d’argent ni dans la famille ni dans la sphère publique. S’ajoute le tabou de la pauvreté: personne n’a envie de dire qu’il est pauvre. En tout cas, personnellement, j’avais une grande honte sociale. Peut-être parce que je venais d’un milieu nanti, cette chute de classe sociale m’était une honte mais toutes les personnes qui étaient dans ma situation avaient tendance à ne pas demander d’aide, à essayer de masquer leur condition. Il y a un besoin de dignité très fort mais qui est dévoyée. Car il n’y a rien d’indigne à demander de l’aide. Une sorte d’injonction est faite aux personnes pauvres de se taire, de faire le dos rond et de ne pas crier leur malheur. Je l’ai vécu comme ça. Et je le regrette. Je n’ai pas demandé d’aide sociale parce que j’avais trop honte de ma situation. En France, le discours sur les personnes pauvres est très stigmatisant. On les traite de paresseuses, d’assistées. Je n’en peux plus de cette culpabilisation parce que les situations sont beaucoup plus complexes. Et dans le parcours d’artiste auteure que je décris, c’est très difficile de vivre de son art mais la précarité peut toucher plein d’autres personnes. Des problèmes de santé mentale arrivent très vite. On ne peut pas se soigner parce qu’on n’a pas d’argent. C’est très compliqué.

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